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Mary Shelley et son monstre (Frankenstein)

Mary Shelley a écrit et créé Frankenstein ; ce qu’on ignore souvent, c’est la portée magistrale de cette oeuvre et de cette femme, trop souvent considérée comme auteur secondaire


On connait tous Frankenstein, marqué par le cliché de l’excellente interprétation et du physique impressionnant de Boris Karloff datant de 1931 ; qui sait par contre la genèse de l’oeuvre et la vie passionnante de Mary Shelley ?


La mère de Mary Shelley, la philosophe féministe Mary Wollstonecraft est connue pour son pamphlet contre la société patriarcale de son temps, Défense des droits de la femme, où elle critique l’exploitation des femmes les plus pauvres, privées de toutes perspectives professionnelles par les préjugés et le défaut d’éducation, et propose une égale éducation des hommes et des femmes. Personne n’a lu aujourd’hui cet ouvrage, ce qui est regrettable, mais tout le monde connaît Frankenstein.

Le père de Mary Shelley est le philosophe anarchiste William Godwin. A 16 ans, sa fille fugue - définitivement - avec le poète et libertin Percy Bysshe Shelley.

En 1818 à la Villa Diodati, sise à Cologny, sur les bords du lac Léman, il pleut des seaux. Mary Shelley, en compagnie de son mari, le poète britannique Percy B. Shelley et de leur ami Lord Byron (qui mourra pour l’indépendance grecque, car à l’époque on mourrait encore pour des idées), de John William Polidori et de la demi-sœur de Mary, Claire Clairmont, imaginent des jeux d’esprit pour passer le temps. C’est la mode des romans gothiques allemands, qui mettent en scène vieux châteaux, fantômes et décors romantiques. La régle du jeu inventé est simple : écrire une courte histoire de terreur.

Parmi les hommes, seul Byron écrira quelque chose - The Vampyre -, qui inspirera plus tard Bram Stoker pour son Dracula. Il est intéressant de noter, à ce propos, qu’un banal jeu de société pluvieuse est à l’origine de deux ouvrages majeurs du fantastique (Frankenstein et Dracula).

Mary Shelley est tourmentée par le projet. Une nuit, elle fait un cauchemard épouvantable qui la réveille, dans lequel un monstre créé par l’homme lui est apparu. Elle se dit alors qu’elle tient son sujet, et écrit Frankenstein en 1818, soit l’année de son mariage.

Le sous-titre (le Prométhée moderne) fait référence à l’utilisation par le docteur Victor Frankenstein (on confond, dès l’origine, le géniteur et son Monstre) de l’électricité, alors récente découverte, pour donner la vie au monstre. Comme Prométhée - mais avec un concept marqué par la modernité -, Frankenstein donne aux hommes un apanage des dieux, le feu électrique de la vie.

Cet ouvrage est aussi un précurseur du genre science-fiction, et sans doute le premier à mettre en avant le concept de savant fou - en la personne du Docteur Frankenstein. Ce dernier est un être faible et veule, qui refuse la paternité de sa créature et surtout de lui donner une compagne, ce que ce dernier exige en échange de l’abandon de sa conduite criminelle. Car la créature n’est pas mauvaise en soi, c’est le refus d’humanité de la part des êtres humains - et surtout de son "père", sinon biologique, du moins scientifique qui la conduise à tuer. L’ouvrage nous présente par contre des femmes au caractère bien marqué, fort différentes du rôle de femme soumise auquel nous habitue la littérature de l’époque (et celle d’aujourd’hui ?), notamment la sœur adoptive de Victor, Elizabeth.

"Justine eut une expression attendrie, alors qu’elle contenait difficilement ses larmes. Elle embrassa Élisabeth et dit, d’une voix brisée par l’émotion : – Adieu, ma chère, ma douce Élisabeth, ma seule amie adorée ! Que le ciel dans sa bonté vous bénisse et vous protège ! Puisse ce malheur être le dernier que vous subirez ! Vivez, soyez heureuse et faites le bonheur des autres !

Et le lendemain, Justine mourut. L’éloquence déchirante d’Élisabeth pour modifier l’opinion des juges avait échoué.

À leurs yeux, la sainte était la meurtrière."

Sources :

  • Mary Shelley (1818), Frankenstein, ou Le Prométhée moderne, Paris : GF Flammarion, éd. 1999
  • Christine Hivet (1997), Voix de femmes : roman féminin et condition féminine de Mary Wollstonecraft à Mary Shelley, Presses de l’École Normale Supérieure, Paris.

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  • Dernière modification : 2014/02/19 15:17
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